
Argent et femmes reste un sujet chargé, souvent évité, parfois inconfortable. Pourtant, derrière les difficultés de carrière, les reconversions contraintes ou la fatigue professionnelle, il y a presque toujours une question centrale : celle de l’argent, du temps et de la répartition des ressources. Comprendre ces mécanismes est une première étape essentielle pour construire un parcours professionnel plus juste et plus libre.
Il y a seulement soixante ans, les femmes n’avaient pas le droit d’ouvrir un compte bancaire ou de travailler sans l’autorisation de leur mari. Cette réalité, inscrite dans la loi jusqu’en 1965, a durablement marqué le rapport des femmes à l’argent.
Pendant des décennies, le travail féminin a été considéré comme secondaire, un simple complément de revenu. Les métiers exercés par les femmes étaient moins valorisés, moins rémunérés, et souvent invisibles. Cette histoire n’est pas lointaine. Elle continue d’influencer la manière dont beaucoup de femmes se positionnent aujourd’hui face à l’argent, à la négociation ou à la rémunération de leur travail.
Les données récentes confirment que le rapport à l’argent reste profondément genré.
Aujourd’hui encore, seules un tiers des femmes se sentent à l’aise pour négocier leur salaire, contre près de la moitié des hommes. Elles sont également moins nombreuses à se sentir légitimes pour parler de crédit, d’épargne ou de patrimoine. L’investissement financier reste majoritairement masculin : les femmes investissent deux fois moins en Bourse que les hommes.
Ces écarts ne sont pas liés à un manque de compétences, mais à des mécanismes sociaux, culturels et éducatifs profondément ancrés.
Quand on parle d’argent et femmes, il est impossible de dissocier la question du temps. Les femmes continuent d’assumer une part disproportionnée des tâches domestiques, de l’organisation familiale et de la charge mentale.
Ce déséquilibre a un coût réel :
À long terme, cela se traduit par des revenus plus faibles, une épargne limitée et une plus grande précarité financière, notamment lors des périodes de transition professionnelle.
Les femmes sont de plus en plus nombreuses à entreprendre. En France, près de 43 % des entreprises individuelles sont aujourd’hui créées par des femmes. Pourtant, leur accès aux financements reste nettement plus compliqué.
Les entrepreneures demandent en moyenne des montants plus faibles, obtiennent des prêts inférieurs et essuient davantage de refus. Lorsqu’il s’agit de levées de fonds, l’écart est encore plus marqué : les projets portés exclusivement par des femmes ne captent qu’une part infime des financements.
Ce paradoxe est frappant. Les entreprises créées par des femmes affichent pourtant un taux de pérennité supérieur à celles créées par des hommes. Le problème n’est donc pas la viabilité des projets, mais la manière dont ils sont perçus et financés.

Dans l’entrepreneuriat comme dans le salariat, beaucoup de femmes relèguent leur rémunération au second plan.
« Je ne fais pas ça pour l’argent » est une phrase que l’on entend souvent, comme si parler d’argent venait ternir le sens ou l’engagement d’un projet.
Résultat : près d’une entrepreneure sur deux ne se rémunère pas, et une large majorité gagne moins de 1 500 euros par mois dans les premières années. Cette réalité fragilise les parcours, limite les possibilités d’évolution et entretient la dépendance financière.
Se payer correctement n’est pas un luxe. C’est une condition de durabilité.
Reprendre la main sur l’argent passe aussi par une meilleure gestion de ses ressources globales.
Cela commence par des questions simples mais structurantes :
Apprendre à poser des limites, à négocier, à chiffrer son travail et à sécuriser ses revenus permet de sortir d’une logique de survie pour entrer dans une logique de construction.
Parler d’argent n’est ni indécent ni secondaire. C’est un enjeu central de l’autonomie, de la liberté et de l’égalité professionnelle. Comprendre les mécanismes à l’œuvre permet de faire des choix plus éclairés, de mieux anticiper les transitions et de construire des parcours professionnels alignés avec ses besoins réels.
Chez Profession’L, nous constatons chaque jour que lorsque les femmes disposent des bonnes informations, des bons outils et des bons réseaux, elles reprennent confiance et osent des trajectoires plus ambitieuses, plus justes et plus durables.